Lorsqu’un antimousse ne donne pas satisfaction, la chimie n’est pas toujours en cause. Très souvent, c’est la forme physique qui n’est pas adaptée à l’application. Un antimousse silicone se présente en effet sous quatre formes distinctes, qui ne s’emploient pas au même endroit et ne se dosent pas de la même manière.
Le compound, à 100 % de matière active
Il est destiné à être émulsionné avant emploi, en général entre 10 et 20 % d’actif, avec un épaississant de type gomme xanthane pour assurer la stabilité de l’émulsion. Le dosage final se situe le plus souvent entre 0,1 et 0,5 % de silicone.
Il conserve son efficacité jusqu’à 95 °C et supporte durablement les milieux acides comme alcalins, avec une bonne compatibilité dans les concentrés riches en tensioactifs, en solvants et en électrolytes. C’est le produit du formulateur qui fabrique sa propre émulsion, en papeterie ou dans l’industrie. Versé tel quel dans un bain aqueux, en revanche, il ne se disperse pas et laisse des points gras : c’est probablement l’erreur la plus fréquente que nous rencontrons.
L’émulsion prête à l’emploi
Non ionique, autour de 28 % d’extrait sec et à pH 6-9, elle se disperse facilement, y compris en eau dure, sans points gras ni grumeaux. C’est la forme la plus simple à mettre en œuvre, et on la retrouve en papeterie, en détergence, en nettoyage de moquette, en distillation chimique ou en traitement des eaux.
La poudre, granulée sur support
À 15 % d’actif et une granulométrie de 1,0 à 1,4 mm, elle s’incorpore à 0,5-2 % dans une lessive en poudre. Son intérêt tient à deux propriétés : elle ne migre pas dans le conditionnement, et elle contrôle la mousse sur l’ensemble du cycle de lavage, à froid comme à chaud. Une émulsion aqueuse ne conviendrait pas dans cette application, quelle que soit la qualité de sa chimie.
Les grades alimentaires
Il s’agit d’émulsions à 10, 20 ou 30 % de silicone, dosées entre 150 et 300 ppm et conformes aux réglementations alimentaires britannique et américaine. Elles couvrent la fermentation, la filtration, le lavage de fruits et légumes, les saumures, les sirops et le traitement des effluents.
Les désaérateurs, un levier souvent sous-utilisé
Il existe une cinquième famille, moins connue, qui ne remplace pas l’antimousse mais en améliore le fonctionnement : les désaérateurs. Ce sont des copolymères silicone-polyéther que l’on ajoute à 0,5-1,5 % dans la formule antimousse elle-même. Ils inhibent les microbulles, améliorent la dispersibilité de l’antimousse, limitent les dépôts de silicone et favorisent l’égouttage.
Leur sélection repose sur deux paramètres, la balance entre oxyde d’éthylène et oxyde de propylène du copolymère, et sa masse moléculaire. Ces deux réglages déterminent ensemble le point de trouble, c’est-à-dire la température à laquelle le produit cesse d’être soluble dans l’eau. Un copolymère entièrement polyoxyéthyléné et de faible masse, de l’ordre de 3 000 g/mol, reste très hydrophile : son point de trouble se situe vers 10 °C. Un copolymère plus riche en oxyde de propylène et beaucoup plus lourd, autour de 17 000 g/mol, le porte vers 40 °C.
Or c’est précisément au-dessus de son point de trouble que l’additif devient actif : tant qu’il est dissous, il ne fait rien ; une fois insolubilisé, il se sépare en fines gouttelettes qui déstabilisent les films de mousse et facilitent la coalescence des microbulles. Choisir un désaérateur revient donc à choisir la fenêtre de température dans laquelle il travaillera. Sur un lavage de pâte, c’est souvent ce qui sépare un antimousse correct d’un antimousse qui tient dans la durée.
On notera que le mécanisme est le même que celui qui limite les alcools gras éthoxylés en détergence alcaline, décrit dans notre article sur les alkylpolyglucosides — à ceci près qu’ici, l’insolubilisation n’est pas le problème : c’est l’effet recherché.
Choisir la bonne forme
| Forme | Matière active | Mise en œuvre | Applications typiques |
|---|---|---|---|
| Compound | 100 % | À émulsionner, 10-20 % d’actif | Papeterie, industrie, formulateurs équipés |
| Émulsion | ~28 % d’extrait sec | Prête à l’emploi, dispersible | Détergence, papeterie, traitement des eaux |
| Poudre granulée | 15 % | 0,5-2 % dans la poudre | Lessives en poudre |
| Grade alimentaire | 10, 20 ou 30 % | 150-300 ppm | Fermentation, filtration, agroalimentaire |
| Désaérateur | Copolymère silicone-polyéther | 0,5-1,5 % dans la formule antimousse | Lavage de pâte, procédés générant des microbulles |
En pratique
Ces produits sont ceux de Cyrachem, à Genève, une société fondée en 2009 par des chimistes issus du centre d’excellence silicones de GE puis Momentive, aujourd’hui présente dans cinq pays. Nous distribuons leur gamme en France, aux côtés de nos autres dérivés de silicones.
Si votre antimousse laisse des points gras, perd de son efficacité en température ou ne tient pas dans la durée, indiquez-nous sous quelle forme vous l’utilisez et dans quel milieu. La réponse se trouve souvent là, et nous pouvons mettre un échantillon à votre disposition pour essai.